Des portraits partiaux, incomplets, dissemblables. Le paysage, que ce soit des lieux extérieurs ou des pièces intérieures, devient un second portrait, le portrait de ce qui passe en arrière-fond, comme un plus. Il devient le paysage de fond, le fond du personnage, un paysage social du personnage. Ce paysage, je le filme dans un espace géographique connu, m'y attachant pour le dé-situer, pour gommer sa singularité, pour le rendre méconnaissable, qu’il devienne un espace hors temps, un espace hétérotopique. Je choisis ces personnages pour ce qu'ils font, focalisant sur leurs gestes ou sur ce que je peux imaginer d'eux. Ces portraits personnage/paysage, portrait sans définition sociologique, ethnologique, mais portrait contemporain, ce sont des figures hors connexion, dont les gestes sont devenus des rituels quotidiens, répétitifs, sociaux. Des figures qui, alors qu’elles sont étroitement liées à un lieu et/ou à un paysage, ont paradoxalement des corps interchangeables L’état du film comme un moment isolé, un moment déplacé de sa globalité, comme arrivant en cours de route, sans but à atteindre. Avec une idée de révolution plus possible, des personnages condamnés à utiliser un langage limité, bégayant, n'arrivant plus à s'imposer au point qu’ils acceptent un état claustrophobique, un état où tout à l'air écrit dans un ensemble chronologique et social.
LANDES
Il est nu allongé sur une serviette sur le lit, elle est en train de le laver, avec ses mains, le savonne puis le rince puis le sèche, toujours sur la serviette, lui allongé même s’il est agité, et elle dans ce qu’elle doit faire, le minimum nécessaire. Elle marche avec l’enfant dans le dos, mais ce n’est pas son domaine, il ne veut pas y rester. L’enfant est allongé sur le dos presque nu sur un grand lit au sol, puis il joue, seul. Ils dorment. Le sol seul, des herbes couchées et mortes couleurs or-argent, du vent, assez longtemps. Elle marche, des pentes désertiques, elle a le temps, elle ramasse des baies avec nécessité et application, assez facilement elle trouve, c’est au sol, il suffit de regarder.
LE FOSSOYEUR
Trois personnages ont affaires à la mort sans en être affecté. Un conteur rappelle une morte, deux hommes cherchent une fissure, une ligne de vie ou de mort d’une maison encore habitée par une femme; elle y est incrustée dans les murs.
L'ÉPUISÉ
Un acteur est seul dans un salon d'un autre temps. Il tient dans ses mains un scénario. Il s'active, mais à rien. Il tente des actions, sans fin. Il essaie un discours qu'il échoue par lui même. Il épuise tout les possibles, sans envies, renonçant à tout besoins et finissant par fumer une cigarette dans un canapé. Son refus lui fait même perdre la lumière : au dehors, un sombre nuage passe.
TROIS PERSONNAGES ET UNE VOIX
LES REPASSEUSES
Trois jeunes femmes ont devant elles la même partition. Elles effectuent la même chorégraphie de gestes entre le fer et la chemise. Elles passent et repassent; elles font des plis qu’elles replient. Le son est amplifié. Elles sont presque des repasseuses, ce sont presque les gestes de repasseuse, et ce sont presque des cuisines.
SICILE-L’ENTONNOIR
Trois personnages : une famille, descendent dans le sud dans le cadre d'un voyage touristique. La descente vers le sud, associée à plus de soleil, de liberté, ils se retrouvent au contraire dans une sorte d'entonnoir. À vouloir aller toujours plus au sud, au bout du pays, puis sur une île, puis sur une plus petite île; plus ils descendent, plus ils se retrouvent enfermés, des choses les bloquent. Le quotidien est là malgré les vacances, leur statut de touriste ne les amène pas à être des héros, ils vivent rien d'extraordinaire. Ils vont donc au bout du bout jusqu'à manquer d'air.
LES HALTÉROPHILES
Des haltérophiles travaillent sur des machines, des gestes répétitifs pour gonfler un muscle précis. Une femme de ménage nettoie les machines, puis ma main reprend ses gestes. L'image découpée en quatre écrans met en parallèle différentes utilisations de ces machines : les hommes qui les utilisent, la femme de ménage qui les entretient. Les répétitions de gestes des uns et des autres devennant de plus en plus érotiques.
INTERMARCHÉ
Une jeune femme nue sort des rayons d'une grande surface. Elle se sert comme si elle était chez elle, le lieu est propice à tout ses besoins : manger, s'habiller, se faire belle. Dans ce même lieu, deux hommes changent des carreaux; à côté de tous ces étalages, ils travaillent pour quelque chose qui ne se vend pas.
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